Tutoriel Archives - Horizons FLE https://horizonsfle.com/category/tutoriel/ Parlons peu, parlons FLE ! Mon, 28 Jul 2025 08:53:21 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 https://horizonsfle.com/wp-content/uploads/2025/07/cropped-Logos-du-FLE-1-32x32.png Tutoriel Archives - Horizons FLE https://horizonsfle.com/category/tutoriel/ 32 32 Enseigner les vêtements et les couleurs : l’exemple du mandarin https://horizonsfle.com/enseigner-les-vetements-et-les-couleurs-lexemple-du-mandarin/ https://horizonsfle.com/enseigner-les-vetements-et-les-couleurs-lexemple-du-mandarin/#respond Mon, 28 Jul 2025 08:51:27 +0000 https://horizonsfle.com/?p=316 Quelle que soit la langue que j’apprenais, j’ai l’impression que j’ai toujours eu du mal à me souvenir du vocabulaire des vêtements et des couleurs. Alors que c’est un vocabulaire…

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Quelle que soit la langue que j’apprenais, j’ai l’impression que j’ai toujours eu du mal à me souvenir du vocabulaire des vêtements et des couleurs. Alors que c’est un vocabulaire très concret, ça me paraissait toujours… abstrait.

Dans mon dernier cours de mandarin à l’institut Kaixin, j’ai enfin compris pourquoi j’avais autant de mal.

Cet article explore les façons “traditionnelles” d’enseigner ce type de vocabulaire, ainsi que des pistes pour enrichir l’enseignement et l’ancrer dans la mémoire des apprenants : 

  • L’exercice de la sortie en magasin
  • L’exercice du catalogue

Particularités du vocabulaire en mandarin

Quelle que soit la langue que j’ai apprise jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours ressenti un certain blocage, une certaine difficulté quant à l’apprentissage de ce vocabulaire précis. En mandarin et en japonais c’était encore plus difficile car :

  • (1) il n’y a aucune racine commune avec le français
  • (2) en mandarin, il faut apprendre les tons spécifiques au mot qu’on prononce et ne pas se tromper sous peine de signifier autre chose 
  • et (3) nommer les vêtements se fait toujours accompagné d’une particule précise qui change selon le type de vêtement que l’on nomme.

Il y a donc une double difficulté grammaticale et phonétique associée à ce vocabulaire.

Progression des séances

Dans la séquence analysée ici, le but était d’apprendre le vocabulaire des couleurs et des vêtements et de savoir l’utiliser dans des phrases diverses (pour faire du shopping, pour décrire ce qu’on porte…). L’apprentissage du vocabulaire était couplé à l’apprentissage de tout ce qui touchait à l’argent (pouvoir exprimer combien coûte quelque chose).

Le professeur se basait exclusivement sur les activités présentées dans le manuel « Chit-Chat Chinese », à la leçon 11.

Pré-séquence

La première partie de l’enseignement du vocabulaire pour le professeur consistait à nous faire répéter à voix haute, en classe, ledit vocabulaire. Cela était pour s’assurer que nous avions une bonne prononciation, notamment sur les tons en mandarin. Nous lisions donc à haute voix, ensemble en même temps, le vocabulaire indiqué des couleurs et des vêtements. 

Il procédait ainsi à la fin d’une séance pour que nous ayons le temps d’apprendre le vocabulaire pour la prochaine séance.

Séance 1

Lors de la séance suivante, le professeur désignait un objet dans la classe, ou un vêtement, et demandait en mandarin ce que c’était ou de quelle couleur c’était. Il faisait un tour de table pour que chaque élève puisse, au moins une fois, répondre à la question. S’il n’y arrivait pas, un autre élève pouvait répondre à sa place.

Ensuite, pour nous aider à construire des phrases, le professeur nous récapitulait en anglais le point de grammaire expliqué dans le livre, notamment l’utilisation de la particule « de » pour lier l’adjectif et le nom en mandarin, et la place de chacun (l’adjectif doit toujours précéder le nom et être suivi de « de »). Nous lisions ensuite, à haute voix, les exemples présents sur la page. On le faisait soit ensemble, soit chacun son tour, ce qui nous permettait d’entendre différentes voix parler en mandarin (importance de la variation en cours de langue, Lauret, 2007), et également de se sentir plus en sécurité lorsqu’on faisait une faute de prononciation.

On continuait avec un exercice consistant à regarder sur une page des photos de différents vêtements. Ensuite, en binôme, nous devions nous poser mutuellement des questions sur ces vêtements et y répondre, en utilisant le vocabulaire appris.

Puis on faisait un exercice consistant à interpréter les émotions d’une jeune fille dessinée en association avec des photos de vêtements à côté, et à faire des phrases indiquant les vêtements qu’elle aimait et ceux qu’elle n’aimait pas. On produisait ces phrases un par un, à tour de rôle, à l’oral à voix haute devant tout le monde.

Séance 2 et +

Dans les séances ultérieures, on regardait comment utiliser le vocabulaire lié à l’argent et on faisait à nouveau le même genre d’exercice que précédemment, purement à l’oral, en utilisant le vocabulaire des couleurs et des vêtements en même temps.

C’était également l’opportunité d’apprendre le vocabulaire lié aux expressions modales « plutôt », « un peu », « essayer » etc.. Avec le vocabulaire appris précédemment, c’était utile pour faire des phrases du type « Cette robe est plutôt jolie ». 

Fin de la séquence

Ce n’était que vers la fin de la séquence que nous lisions un dialogue en mandarin qui reprenait tout le vocabulaire qu’on avait appris. 

Deux étudiants étaient choisis pour par exemple un tiers du dialogue, puis deux autres étudiants lisaient le deuxième tiers, etc. Ils lisaient le dialogue à haute voix, en restant assis sur leurs chaises autour de la table ronde.

Le manuel comportait ensuite des questions de compréhension écrite, en mandarin. Nous y répondions en général à l’oral, un étudiant à la fois.

Résultat : difficulté à me souvenir du vocabulaire

Bien que le format de la séquence, axé sur l’oral, m’ait aidée à me sentir plus à l’aise dans mon expression et compréhension orale en général, je me souviens que j’avais quand même encore du mal à me souvenir du vocabulaire à la fin.

Cela était dû d’une part, à mon manque de préparation à la maison, de révision entre les cours. Je sais que d’autres étudiants utilisaient des flashcards pour se souvenir de leur vocabulaire, et je ne le faisais pas suffisamment. Toutefois, je ne savais pas non plus comment faire des flashcards efficaces, car personne ne nous l’enseignait. (Je vais faire une formation à ce sujet bientôt, si ça vous intéresse, laissez un commentaire ci-dessous).

J’avais également un manque de motivation, un blocage interne. J’étais motivée par le mandarin, oui, mais l’apprentissage de ce vocabulaire me rappelait mes cours d’allemand au collège, qui comportaient en un apprentissage de longues listes de vocabulaire par cœur. J’arrivais rarement à répondre à la question « Pourquoi dois-je apprendre ce mot précis ? ». Une part de moi veut toujours optimiser son temps et veut comprendre pourquoi on lui enseigne quelque chose. Si je ne comprends pas, je bloque l’apprentissage inconsciemment.

Ainsi, bien que je sache que les couleurs et les vêtements font partie du vocabulaire dit « basique », à chaque fois que je l’étudiais, je me demandais dans quels scénarios de la vie courante je l’utiliserais.

Les scénarios présentés par le professeur et « Chit-Chat Chinese » étaient peu convaincants :

  • Quand le professeur demande « De quelle couleur est le mur ? » sans aucun autre contexte, la seule motivation pour répondre correctement est… de donner une réponse correcte au professeur. Peut-être d’obtenir l’admiration de la classe. Il n’y a pas d’autre retombée pratique dans la vie réelle.
  • Quand l’exercice consiste à regarder une photo d’un vêtement et de le décrire à l’oral, ou de décrire les émotions d’une jeune fille en rapport avec ses vêtements préférés et ceux qu’elle n’aime pas, il n’y a également aucune retombée pratique, mise à part l’approbation du professeur.

Les exercices étaient donc très abstraits, peu ancrés dans des situations réelles.

Comment ancrer le vocabulaire dans un contexte réel

Quand on repense à comment l’enfant acquiert la langue, c’est via notamment l’association signe-signifiant dans un contexte répété qui a du sens (importance des formats selon Bruner, 1983), et via une intensité émotionnelle particulière (Kuhl, 2003). 

Plus concrètement, comment, enfant, ai-je dû apprendre le vocabulaire des vêtements dans ma langue maternelle ? Probablement parce que ma mère m’en parlait naturellement quand elle m’habillait, via des phrases naturelles comme « Tu veux porter quoi aujourd’hui, ta robe ou ta chemise blanche ? » ou bien « C’est joli ce chemisier dans le catalogue, tiens regarde, tu veux acheter lequel ? ». L’impact de ma réponse était la façon dont je m’habillerais pendant la journée, voire l’achat d’un nouvel habit. Je pouvais associer une action, une conséquence « réelle » à la façon de s’exprimer de ma mère ou de la mienne.

Ma proposition serait donc de remplacer, ou compléter ces exercices, par un entraînement plus « pratique » : plutôt que suivre le courant behavioriste, axé sur la répétition pure, se rapprocher du courant communic’actionnel, avec une pédagogie par projet.

Je propose ci-dessous 2 projets pratiques pour les vêtements et les couleurs :

Projet 1 : Sortie dans un magasin

  • Amener les apprenants dans un magasin (sortir de la classe !), et leur demander en mandarin de ramener une robe jaune, des chaussures bleues, des gants verts, etc. 
  • Leur donner des quêtes particulières et ils gagneraient des points pour chaque objet qu’ils ramènent qui correspond à ce que le professeur a demandé. Cela permettrait de vraiment tester la compréhension orale en contexte naturel.
  • Si on ne peut pas sortir de la classe, créer un magasin artificiel en classe, où chaque élève doit ramener des vêtements de chez lui.

Projet 2 : Exercice du catalogue

3 façons de le faire :

  • Donner un catalogue physique en classe aux apprenants où ils doivent choisir les vêtements qu’ils préfèrent (peut-être même auront-ils envie de les acheter en-dehors de la classe). Le professeur fait une liste de courses en fonction de ce que les apprenants lui disent. S’ils s’expriment mal, le professeur aura une liste incorrecte et risquera (virtuellement) d’acheter les mauvais vêtements. Pour éviter d’acheter lesdits vêtements, il peut simuler l’achat en donnant une vignette à chaque étudiant représentant ce qu’il a commandé. Cela permettrait de bien tester l’expression orale, avec en plus une compétence pragmatique (comment demander à quelqu’un d’acheter quelque chose pour soi).
  • Faire cet exercice en binôme, ce qui permettrait en plus d’entraîner à l’écriture du vocabulaire en sinogrammes chinois.
  • Faire cet exercice en utilisant la plateforme Internet de Taobao, qui est l’équivalent d’Amazon en Chine, et les apprenants doivent taper eux-mêmes les caractères correspondant aux vêtements qu’ils recherchent. Cela aide à la pratique de l’orthographe et de reconnaissance des sinogrammes (expression écrite), puisqu’il faut taper d’abord avec l’alphabet latin et ensuite sélectionner à l’écran le sinogramme qui correspond à ce qu’on cherche. Cela donne en plus une ouverture sur le plan culturel par rapport à un outil du quotidien en Chine, et les aidera le jour où ils voudront passer une commande pour de vrai là-bas. Les apprenants peuvent même le faire sur leur smartphone personnel.

Pour l’enseignement du FLE, on pourrait donc se servir de plateformes françaises comme : 

Combiner le vocabulaire avec l’apprentissage de la culture

La compétence interculturelle peut se définir comme la capacité à s’adapter à de nouvelles normes culturelles ou la connaissance des spécificités d’une culture donnée.

Ici, les deux côtés de la compétence interculturelle auraient pu être entraînés.

  • L’enseignement des couleurs aurait pu être lié à l’enseignement de leurs connotations en Chine. Par exemple, le blanc s’y porte traditionnellement aux funérailles, pas aux mariages (au contraire de ce qu’on fait en Occident). La connaissance de tels codes pourrait éviter bien des embarras si l’on est invité à des cérémonies en Chine et que l’on s’habille de la mauvaise manière.
  • Les apprenants auraient pu partager les connotations des couleurs dans leurs cultures d’origine.

Toutefois, toute la partie culturelle liée aux significations des couleurs était éclipsée.

Si on veut combiner les exercices précédents avec l’apprentissage de la connotation culturelle des couleurs, on pourrait rajouter les consignes suivantes :

  • Dire aux étudiants qu’ils sont invités au mariage du professeur (même s’il n’y a pas de mariage en vrai) et leur demander ce qu’ils comptent porter (expression orale). Peut-être qu’ils peuvent même apporter une photo de leur vêtement de fête à la séance suivante. Le professeur peut donner son opinion ensuite sur si ça sera adapté ou non.
  • Suite à cet exercice, on peut enfin expliquer la connotation culturelle des couleurs en regardant d’abord si les étudiants l’ont comprise dans le contexte de l’exercice, naturellement via le dialogue (« savoir-apprendre » en temps réel du modèle de Byram sur les compétences interculturelles).
  • On peut refaire le même exercice, mais pour un autre événement dans le pays d’origine d’un des apprenants. 

Quelques informations sur la signification des couleurs selon les pays, dont l’Occident : 

https://journal-photographique.eu/technique/utilisation-et-signification-des-couleurs

(attention, ne pas forcément le prendre à la lettre ; laisser les apprenants en parler d’après leur propre expérience)

Conclusion

La simple répétition d’un vocabulaire ne suffit pas à s’en souvenir dans un contexte naturel. Il est donc intéressant de chercher à créer des simulations de contextes où on peut avoir réellement besoin de ce vocabulaire (comme ici, faire son shopping via un catalogue), au lieu de contextes aseptisés comme « Quelle est la couleur du mur ? », et de chercher à associer des émotions fortes le plus possible.

Ces contextes peuvent utiliser des aspects culturels propres à la langue étudiée (par exemple, « Comment m’habiller pour un mariage ? ») pour enseigner la compétence interculturelle en même temps qu’on enseigne la langue.

Et vous, comment enseignez-vous le vocabulaire des vêtements et des couleurs ?

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Comment l’enseignant peut influencer la perception d’une langue https://horizonsfle.com/comment-lenseignant-peut-influencer-la-perception-dune-langue/ https://horizonsfle.com/comment-lenseignant-peut-influencer-la-perception-dune-langue/#comments Mon, 17 Feb 2025 15:47:57 +0000 https://horizonsfle.com/?p=39 Jusqu’à mes 19 ans, je percevais le mandarin comme une langue peu harmonieuse, dont la sonorité me donnait l’impression d’une dispute perpétuelle entre interlocuteurs. Je la considérais aussi comme excessivement…

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Jusqu’à mes 19 ans, je percevais le mandarin comme une langue peu harmonieuse, dont la sonorité me donnait l’impression d’une dispute perpétuelle entre interlocuteurs. Je la considérais aussi comme excessivement complexe, en raison de ses caractères et de ses tons. Je ne m’imaginais ni l’étudier, ni jamais y trouver un quelconque attrait.

Puis, un jour, j’ai rencontré un Chinois parfaitement intégré en France. Il appelait parfois sa mère au téléphone, et j’aimais l’écouter. Sa voix, d’une douceur remarquable, m’a profondément marquée, en plus de son humour, sa gentillesse, et beaucoup d’autres qualités. Peu à peu, j’en suis venue à penser que sa langue était la plus belle au monde. Quelles que soient les difficultés que je rencontrerais, je lui ai alors promis que j’apprendrais le mandarin un jour, quoi qu’il arrive, et que j’irais en Chine.

Nous avons perdu le contact, mais j’ai tenu ma promesse. Pendant mes classes prépa, j’ai cherché à suivre des cours à l’Institut Confucius près de chez moi. Lors de mes études d’ingénieur, j’ai passé deux mois en Chine pour une école d’été et un stage en entreprise.

Moi au Palais d’été à Pékin en 2016

Même si je me suis parfois sentie seule en Chine, la beauté unique des paysages m’a tellement marquée, que je me suis jurée que je reviendrais dans le pays un jour pour l’explorer dans toute sa beauté, dans ses moindres recoins. Pour cela, je savais que ce serait plus facile si je parlais le mandarin, car peu de personnes parlent anglais dans les campagnes chinoises.

C’est ce que j’ai fait en rentrant : cours du soir en mandarin deux fois par semaine, suivi d’une application mobile, écoute de chansons en mandarin, visionnage de films en mandarin…

Vous l’aurez compris, j’étais extrêmement motivée pour apprendre, alors même qu’au départ, je considérais cette langue comme une langue inabordable et sans intérêt !

Comment un tel changement a-t-il pu se produire ?

Tout simplement parce que ma représentation linguistique du mandarin a complètement basculé… et cela d’abord grâce à une personne, qui m’a transmis l’amour pour sa langue, puis via mes expériences avec le pays de cette langue, me donnant envie d’y retourner.

D’un point de vue pédagogique, cela soulève une question essentielle : en tant qu’enseignant, comment provoquer un tel basculement de motivation chez ses apprenants ?

Enseigner une langue, est-ce seulement transmettre des règles ? Ou est-ce aussi transmettre un amour de la langue qui facilitera l’apprentissage ?

Comment concilier les deux ?

Le concept de représentation linguistique

Pour comprendre le concept de représentation linguistique, il suffit de penser à vos propres expériences avec les langues.

  • Quelles langues avez-vous le plus apprécié apprendre ? Pourquoi ?
  • Quelles langues vous intimident le plus ? Pourquoi ?

Ces impressions, loin d’être objectives, sont le reflet d’un modèle interne propre à chaque individu. Elles ne sont pas des vérités absolues… et surtout, elles peuvent évoluer.

Ce modèle interne, ces raisons, définissent la représentation interne que vous vous faites de la langue. C’est ce que l’on appelle la représentation linguistique (Castellotti & Moore, 2002). Une représentation positive se traduit par une valorisation ou une idéalisation, tandis qu’une représentation négative engendre une stigmatisation.

Ces perceptions ont un impact considérable sur la motivation et, par conséquent, sur les performances de l’apprenant. Un enseignant averti peut donc utiliser ce levier pour faciliter l’apprentissage et mieux accompagner ses élèves.

D’où viennent ces représentations ?

Origines de la valorisation linguistique

Le mur de ma chambre d’enfance est tapissé d’Ariel la petite sirène… que je n’ai vu qu’en anglais enfant, alors que je n’avais encore jamais appris l’anglais

Prenons mon expérience avec l’anglais. Dès l’enfance, cette langue me fascinait et j’obtenais d’excellentes notes. Pourquoi ?

  • L’univers musical et cinématographique : petite, mes parents m’ont acheté une cassette de La Petite Sirène en anglais, que je regardais en boucle. Même si je n’avais encore jamais appris la langue, c’est devenu mon dessin animé préféré. Dans ma chambre, je chantais des chansons en « faux anglais », inventant des sons qui imitaient la langue.
  • Le jeu et les bons souvenirs : l’anglais était aussi la langue de mes jeux vidéo préférés, que je partageais avec mes frères. Par exemple, grâce à Age of Empires II, j’ai appris sans effort des mots comme « or », « bois » et « pierre ». Ces moments de complicité ont créé une association positive avec la langue.
  • Le voyage et l’utilité perçue : nous voyagions souvent en famille pour les vacances, et je constatais que l’anglais était essentiel pour communiquer à l’étranger.

Bien avant mon premier cours, j’étais donc déjà réceptive à l’anglais et impatiente de l’apprendre !

Ce que cela signifie pour l’enseignant

Avant même d’entrer en classe, un apprenant a déjà été exposé – consciemment ou non – à la langue qu’il va étudier. Ces premiers contacts, que j’aime appeler touchpoints, jouent un rôle clé dans sa perception et sa motivation.

Si l’enseignant ne peut pas changer ni créer ces expériences passées, il peut en revanche les identifier et les utiliser pour adapter sa pédagogie et, si besoin, modifier la trajectoire de l’apprentissage.

Dans mon cas avec l’anglais, il est clair que mes enseignants ont su exploiter ma motivation, « surfer » dessus même je dirais…

Comment ont-ils fait cela ?

  • L’anglais est resté lié au jeu : en classe, nous faisions souvent des activités ludiques : mots croisés, Où est Charlie ?… Je me souviens que les cours d’anglais étaient un moment de détente, bien plus que mes cours d’allemand (voir ci-dessous).
  • Les supports étaient variés et engageants : nous étudiions des sujets modernes et divers. A un niveau plus avancé, The Time Machine, par exemple, même avec son vocabulaire complexe, faisait écho à mon amour de la lecture, surtout dans les univers dystopiques et imaginaires.
Extrait du film « The Time Machine », visionné en classe d’anglais après étude du texte bilingue… un bon souvenir

Un axe d’amélioration possible : la musique. Avec le recul, mes professeurs auraient pu exploiter mon goût pour la musique en intégrant des chansons complètes en anglais, plutôt que de simples poèmes comme Roses are Red. Après tout, à l’époque, tout le monde écoutait des chansons en anglais sans comprendre les paroles… C’était une occasion parfaite pour allier apprentissage et plaisir !

L’environnement d’un apprenant avant son entrée en classe façonne sa perception de la langue et son niveau de motivation. Un enseignant avisé peut s’appuyer sur ces représentations initiales pour optimiser son approche pédagogique et maximiser l’engagement de ses élèves.

Que se passe-t-il lorsqu’un enseignant ne sait pas exploiter cette motivation initiale ?

Une motivation préexistante n’est jamais acquise à vie : elle doit être nourrie et entretenue. Si l’enseignant ne parvient pas à la maintenir, il risque non seulement de l’éteindre, mais aussi d’inverser la perception positive de l’apprenant, transformant une valorisation en une stigmatisation de la langue.

À l’inverse de mon expérience positive avec l’anglais, prenons cette fois mon expérience avec l’allemand.

Origines de la stigmatisation linguistique

Moi, ma grand-mère Mamili et mon frère. Mamili nous parlait souvent en allemand à la maison, et ce sont de bons souvenirs. ♥

Mes raisons pour étudier l’allemand au collège

J’ai choisi d’étudier l’allemand en même temps que l’anglais au collège (j’avais 11 ans). Ma raison principale était celle-ci :

  • Un lien affectif fort dès l’enfance. Ma grand-mère, Mamili, alsacienne (et ayant grandi sous occupation allemande jusqu’à ses 13 ans, n’ayant appris le français qu’à partir de la Libération), nous chantait des berceuses en allemand le soir, nous écrivait des cartes de Noël ou d’anniversaire en allemand, nous faisait même écrire des poésies en allemand… et nous parlait avec douceur dans cette langue tous les jours pendant les vacances. J’avais donc une perception extrêmement positive de l’allemand et l’ai choisi à l’école dans l’espoir de mieux la comprendre, ainsi que de me connecter à mes origines germanophones.

J’étais pleine d’enthousiasme à l’idée d’apprendre l’allemand en classe !

Malheureusement, très peu de mes professeurs n’ont su exploiter cette motivation initiale.
Pire encore, ils ont progressivement installé en moi une insécurité face à cette langue, freinant mon apprentissage et mon aisance.

Extrait du film allemand « Le Ruban Blanc » (2009), qui parle de sujets lourds comme l’inceste à la veille de la Première Guerre mondiale, en noir et blanc

Raisons de mon insécurité linguistique en allemand

En effet :

  • Les professeurs étaient souvent âgés et manquaient de dynamisme, d’énergie, d’humour
  • Un focus excessif sur le vocabulaire et la grammaire, avec trop peu d’oral et de liberté d’expression créative
  • Une approche culturelle centrée presque exclusivement sur le sujet des guerres franco-allemandes (1870, Seconde Guerre mondiale…), à travers des films comme Le Ruban Blanc (2009) ou La Vague (2008) et très peu sur l’Allemagne d’aujourd’hui.

Où était la poésie que ma grand-mère me partageait ? Quelle place laissée à l’émotion dans les échanges, la créativité ? Je ne les retrouvais nulle part. L’allemand, au lieu d’être une langue vivante et expressive, était devenu une matière austère, figée dans des cadres rigides et des récits pesants.

Résultat : 12 ans d’étude… pour un quasi-abandon. Malgré un début simultané en anglais et en allemand, mon niveau dans ces deux langues n’a absolument pas suivi la même trajectoire. Aujourd’hui, mon anglais est fluide, mais quand je visite l’Allemagne, je ne parle pratiquement jamais allemand.

Quelle perte de temps !

Comment un enseignant aurait-il pu maintenir ma motivation ?

Volksmusik : la télé allemande/autrichienne regorge d’émissions variées, joyeuses, qui donnent envie d’écouter et de passer du bon temps en écoutant la langue. C’est trop dommage que je ne voyais ces émissions que chez mes grand-parents, et pas en classe de langue !

Pour rester dans la continuité de ce que ma grand-mère faisait avec moi, un bon professeur aurait pu :

  • Se servir de la culture allemande, voire autrichienne, moderne ou classique (chansons, poésies, films, livres) pour des ressources-support intéressants et vraiment variés
  • Créer un espace d’expression créative, pour donner aux élèves plus d’autonomie et d’aisance pour s’exprimer sur des sujets leur tenant à cœur, au lieu de se focaliser presque uniquement sur la grammaire ou du vocabulaire qu’on n’utiliserait jamais – à l’écrit, comme à l’oral

Malheureusement, mes professeurs d’allemand suivaient trop souvent leur manuel à la lettre, avec peu d’adaptation à notre génération ni à nos intérêts. Peut-être était-ce lié à leur formation et à leur propre conception de l’enseignement ?

Et vous, en tant qu’enseignant ?

Avant de juger durement les mauvais résultats de vos apprenants ou leur manque de motivation, connaissez-vous la représentation qu’ils ont de votre langue ?

Que faites-vous pour l’exploiter en cours et favoriser la valorisation plutôt que la stigmatisation ?

Je terminerai cet article avec un exemple inspirant : celui de mes professeurs d’espagnol, qui, je trouve, ont toujours su s’adapter à leurs apprenants et ancrer une représentation linguistique valorisante de la langue.

Un dernier exemple positif : mes cours d’espagnol

Dès la 4e au collège, j’ai eu la chance d’avoir des enseignants enthousiastes, dynamiques et proches de leurs élèves, qui mettaient l’accent sur l’oral avant tout.

En espagnol, l’approche était toute autre que ce que j’avais en classe d’allemand :

  • Des présentations sur des sujets d’actualité en début de cours, que nous pouvions choisir, et qui nous donnaient envie de nous exprimer (par exemple, j’adorais tout ce qui était relié à des histoires sordides de trafic d’organes en Amérique du Sud… on n’aurait jamais trouvé ça dans un manuel de collège)
  • Des débats sur des sujets modernes, à notre portée (comme la corrida)
  • Une mise en valeur des évaluations formatives, favorisant la prise de parole spontanée plutôt que l’obsession de la perfection grammaticale,

Ainsi, bien que j’aie étudié l’allemand bien plus longtemps que l’espagnol (12 ans contre 5), je me sens aujourd’hui bien plus à l’aise en espagnol. Mon insécurité linguistique y est nettement plus faible, car j’ai été encouragée à m’exprimer librement, sans crainte de faire des erreurs. Le style d’enseignement a joué un rôle déterminant dans la construction d’une représentation positive de l’espagnol pour moi.

Conclusion

L’impact d’un bon professeur va bien au-delà de l’enseignement des règles : il façonne la relation que ses élèves entretiendront avec la langue tout au long de leur vie.

A votre tour !

🔎 En tant qu’enseignant, quelle est une chose que vous pourriez changer dès aujourd’hui pour améliorer la représentation qu’ont vos apprenants de votre langue ?

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